Les gendarmes adjoints volontaires sont mal employés

Une ressource détournée

Les gendarmes adjoints volontaires constituent une ressource précieuse pour les unités de Gendarmerie. Après une rapide formation en école, ils sont affectés dans l’ensemble des formations, de la BT jusqu’au GIGN en passant par les États-Majors.

Initialement destinés à renforcer les effectifs, ils sont détournés de leur doctrine d’emploi et servent aujourd’hui à combler les trous. Une main d’œuvre à moindre coût, fragile et exploitée.

Progressivement, nous perdons de vue que nos GAV sont en apprentissage. Ils observent et retiennent ce qui leur servira dans leurs carrières de futurs sous-officiers. Cependant, nous les mettons quotidiennement en difficulté, ce qui les incite à fuir la brigade au profit d’unités spécialisées.

Bien souvent placés en lieu et place d’un emploi de sous-officier, ils ne sont plus le troisième homme mais le binôme. Une façon de dire que l’effectif est là, en quelque sorte. On passe d’un renfort à un remplacement.

Pour GendXXI ce palliatif dangereux a des conséquences multiples, notamment sur la charge de travail des sous-officiers. Allons nous vers une gendarmerie low cost ?

Loin d’être eux-mêmes responsables de cette situation, tous sont victimes de ce fléau qui nous touche depuis longtemps : « faire plus de missions avec moins de moyens ».

Comment s’étonner après que plus personne ne souhaite servir en BT ?

Un mauvais emploi avec des conséquences

S’en suit un nivellement par le bas, notamment en compétences judiciaires. En effet, nos camarades APJA n’ont pas la faculté, malgré eux, de diligenter des enquêtes. Encore une fois ce n’est pas leur mission. Alors dans un PAM ou un planton à deux, dont un GAV, qui s’occupe des procédures ?

La réponse n’est pas évidente. Bien trop sollicités en charge de travail, les sous-officiers sont souvent tentés de déléguer leurs pouvoirs aux GAV. Une manière de faire diminuer son score sur Puls@r registre, mais une pratique contraire au code de procédure pénale.

Cette manœuvre de nos dirigeants de faire croire que la Gendarmerie est capable d’assumer toutes ses missions avec l’effectif actuel est un leurre. La réalité est à l’opposé des discours tenus :

  • envers la justice et nos élus de proximité eu égard aux moyens réellement engagés ;
  • envers le public qui pense avoir un service optimal.

Un GAV (équivalent dans le civil d’un emploi jeune) ne fait pas le même travail qu’un sous-officier. Ses missions et ses prérogatives sont différentes. Un problème dans les petites brigades filles à 33 % de GAV (organisation des patrouilles, liaison seul en cas de service mixte BT1/BT2, perception armement,…). Car oui, il existe encore des BP à 6 militaires ou moins (dont 2 GAV) ou des COB à 4 unités.

Une tendance générale qui se retrouve également dans la gestion des autres services d’urgence tel que l’hôpital. L’argent reste le nerf de la guerre. Le facteur humain demeure la variable d’ajustement.

Une formation insuffisante

Quelques mois en école et les conseils d’un parrain bienveillant ne remplaceront pas les bénéfices d’une formation continue, réelle et sérieuse. A ce jour leur suivi est assuré au bon vouloir des compagnies et groupements, qui assument cette responsabilité eux aussi en fonction de moyens pédagogiques et humains limités.

Il faut que nos GAV aient des instructions régulières et apprennent réellement le métier, autrement que « sur le tas ».

Il manque aujourd’hui un programme national, sous forme de validation de modules obligatoires. Un moyen efficace et pragmatique d’évaluer les progrès, de s’axer sur les carences et d’accompagner nos jeunes camarades vers une gestion sereine de la vie de gendarme.

Ce point est d’autant plus important que les projets en discussion sur le statut de nos GAV, ainsi que l’allongement de la durée des contrats (on parle de 10 ans – pour 6 actuellement) laissent perplexe.

Une dégradation du service public

Il faut que la population et les élus se rendent compte que le budget de notre institution et les effectifs en sous-officiers ne permettent plus de travailler normalement.

GendXXI demande que cesse l’hypocrisie qui dure depuis des décennies sur la gestion de nos ressources humaines. Nous devons ouvrir les yeux sur cette situation dont la trajectoire nous mène inévitablement à une dégradation du service public.