Conditions de travail de la Gendarmerie outre-mer.

Soleil, plages, eaux turquoises, sable fin, musique lancinante, farniente etc.., enfin tous ce qui vous fait rêver, façon carte postale dans les destinations d’outre-mer, sont dans la tête de tous les volontaires en partance pour ces départements et territoires éloignés faisant partie intégrante de la France.

Notre institution est représentée au niveau du planisphère par un commandement de la gendarmerie pour la Nouvelle-Calédonie et les îles Wallis et Futuna, pour la Polynésie Française, de la Réunion, de Mayotte, de Guyane, de Martinique, de Guadeloupe et de Saint-Pierre et Miquelon.

3500 hommes et femmes, participent au travail quotidien de la gendarmerie d’outre-mer, sans oublier les escadrons de gendarmerie mobile qui font un travail remarquable dans le cadre de leurs missions de trois mois sur leurs différentes affectations.

Lors du premier posé dans ces contrées lointaines les premières sensations résultants d’un changement radical d’atmosphère sont impressionnantes et saisissantes et peuvent parfois donner des ailes. Cet état de grâce est vite tempéré dès l’installation où l’on s’aperçoit très vite que l’on va rentrer rapidement dans le vif du sujet.

La vie professionnelle prend rapidement le pas de par son intensité et ses tâches multiples. Nous conviendrons également que tous les départements et territoires ont leurs spécificités locales de travail qui demandent de nombreuses capacités d’adaptation de la part du personnel.

Les problèmes de l’outre-mer sont bien connus de tous car nous restons souvent en marge de l’évolution métropolitaine dans de nombreux domaines.

On en vient directement au problème principal et récurent des effectifs qui laisse la plupart des départements et territoires d’outre-mer en dessous de la norme nationale. En effet les effectifs outre-mer progressent peu ou pas du tout par rapport à une population dont la poussée démographique est supérieure à la France métropolitaine. Cette population est souvent jeune, au chômage (40 % de la population) et en manque de repère avec les changements radicaux imposés par la société moderne. Cette paupérisation de la jeunesse et le manque de perspective d’emplois sur leur lieu de vie entraînent une délinquance qui s’accroît inexorablement dans de nombreux Dom-Tom.

Vient ensuite, pour certains départements, dont la Guyane et Mayotte l’afflux d’une immigration clandestine qui fausse les débats et qui accroît le sentiment légitime d’insécurité.

Et lorsque l’on rajoute l’alcool et les drogues dures on conçoit parfaitement, et sans jeu de mot, que ce cocktail explosif, qui se met en place peu à peu, entraîne régulièrement des débordements de toutes natures qui augmentent les interventions des unités de terrain.

Certains quartiers sont au bord de l’asphyxie car les forces de l’ordre ne sont plus à même d’assurer l’intégralité de leur mission au profit des citoyens. Ces problèmes sont principalement visibles sur les Antilles et en Guyane ou les forces de l’ordre police et gendarmerie sont régulièrement harcelées et provoquées dans le cadre de l’exercice de leurs missions quotidiennes.

Je voudrais marquer ces propos sur les effectifs sur un exemple typique d’un manque de prise de conscience anticipée outre-mer, principalement sur le département de la Réunion.

Depuis de nombreuses années nous réclamons en vain des effectifs supplémentaires dans les unités du département.

En effet le manque de foncier dans les villes situées en Zone police entraîne la création de quartiers nouveaux, voir de petites villes à l’intérieur même de la Zone gendarmerie. Des quartiers nouveaux vont ramener dans certains secteurs plus de 15000 personnes provenant pour la plupart de quartiers défavorisés de la zone police. Tous le monde est d’accord pour dire que la zone gendarmerie monte en puissance au niveau de sa population (Président, ministres, préfet, généraux etc…) mais après leurs passages, agrémentés par un petit tour en hélicoptère pour observer du haut la véracité des propos, c’est l’oubli total et l’on revient nous dire que faute de moyens financiers rien ne changera. En septembre 2014, suite à la poussée des syndicats, plus de 70 fonctionnaires sont venus gonfler les rangs de la police nationale, avant l’arrivée d’autres renforts pour 2015.

La communication Outre-Mer sur le problème d’effectifs est essentiellement monopolisée par les syndicats de police. Les visites ministérielles sont prétexte à la surenchère et cela marche. La communication de la gendarmerie n’est, pour l’heure portée que par les officiers communication qui n’interviennent jamais pour mettre en lumière ce manque d’effectifs et la bataille de communication s’avère donc biaisée. La grande muette est toujours de mise sur ce type de sujet.
Pour nous, gendarmerie, c’est donc encore le néant, les brigades territoriales qui vont voir la population de leur circonscription augmenter de plus de 30% ne recevront aucun renfort sous le prétexte que pour l’instant nous maîtrisons la délinquance et qu’il faut que l’on utilise intelligemment les gendarmes mobiles affectés tous les trois mois sur le département. Il y a deux poids deux mesures entre les deux institutions, celle corvéable à merci et celle qui tape sur la table, forte de ces dizaines de milliers d’adhérents aux organisations syndicales.

Si l’on doit reconnaître l’engagement de divers échelons hiérarchiques, le général Soubelet, notamment au CGOM, la capacité d’interpeller suffisamment les pouvoirs publics manque.

Par dessus tous ceci on rajoute pour le personnel les heures à rallonges avec pour certains régulièrement plus de 60 h/ semaine hors astreinte, des logements domaniaux vétustes et mal entretenus, un parc automobile où les véhicules à la réforme sont désossés au profit du parc roulant, un parc informatique victime des conditions climatiques et d’un internet déficient, un avancement au ralenti, des prolongations de séjour restreintes pas toujours accordées malgré les nouvelles circulaires, des affectations retours sur le territoire métropolitain non désirées, et enfin le malaise des originaires, qui après avoir gagné en 2011 et par décret le droit aux bonifications des annuités outre-mer sont en passe de les perdre cette année sur fond d’interprétation de texte et de discrimination (sujet à venir sur GendXXI), la coupe est pleine.

En résumé, la plupart des Dom-Tom est en surchauffe constante sur de nombreux plans. Le personnel ressent quant à lui un défaut de considération malgré le travail effectué.

Voilà donc la réalité de l’outremer, loin des clichés paradisiaques. Pourtant la valeur des hommes affectés outre-mer est proportionnelle à la qualité et aux difficultés du travail entrepris.

Il en résulte malgré tout et heureusement un bilan positif qui se situe en premier lieu sur le cadre de vie extérieure qui est souvent agréable, sur le plan humain et relationnel avec les populations, ainsi que sur le plan professionnel ou le séjour devient une expérience unique qui forge le caractère.

Cette présentation ne doit pas faire peur aux futurs affectés mais il faut savoir reconnaître, pour l’intérêt de tous et de la famille en particulier, qu’une affectation outre-mer se prépare et peut devenir très difficile à vivre si elle n’a pas été anticipée.

Joël HAVEZ
Délégué régional Outre-Mer GendXXI